lundi 9 avril 2012

Made in Asia 2012

Il n'est pas nécessaire que vous ayez connaissance des détails de la sinistre cabale qui m'a vu contraint et forcé de visiter le Made in Asia, cette convention Japanim à la belge où convergent otaku, geeks, nolifes et autres termes étrangers qui servent désormais à désigner ce qu'on appelle, en français correct, des louseurzes.

Sachez seulement que je m'y suis retrouvé à l'insu de mon plein gré et que je me suis promis de raconter les moments marquants de cette expérience sur mon blog si j'en ressortais vivant.

La convention en la matière semble être de ne raconter sur son blog que les aspects positifs de la visite et de l'illustrer par LA photographie prise en compagnie de son idole (typiquement, un mangaka en visite ou un cosplayer particulièrement convaincant). Je n'ai personnellement pas de telle photographie à vous montrer, non seulement parce que j'avais oublié mon appareil photo mais aussi parce que toutes les photographies où je figure représentent déjà mon idole. À quoi bon vous en montrer une prise au Made in Asia ?

Puisque d'autres vous raconteront donc à quel point le Made in Asia était trooooo lol et les produits vendus, kawaii desuuuu =^_~=, je préfère partager avec vous ses aspects les plus déroutants pour quelqu'un qui n'avait jamais mis les pieds dans une convention de ce genre.

Note : Une fois n'est pas coutume, toutes les observations qui suivent sont rigoureusement authentiques (ou résultent d'hallucinations suffisamment réalistes pour être impossibles à différencier de la réalité).


  • Dans le métro, sur le chemin, mon sens aiguisé de l'observation me permet de repérer une gamine de treize ans portant une perruque vert fluo et un uniforme d'écolière japonaise en compagnie de sa mère, stéréotype de la brave cinquantenaire indulgente vis-à-vis des lubies de son enfant. « Ce n'est qu'une phase, cela va lui passer. », se répète-t-elle sans doute alors qu'elle prend soin d'éviter de croiser le regard des autres passagers. « Cela pourrait être pire, je pourrais avoir une fille qui se drogue ou qui se prostitue ».
Elle ne s'habillerait peut-être pas très différemment si c'était le cas, ceci dit.

  • Sur le chemin de l'exposition, j'entends un trentenaire essayer d'expliquer à sa famille ce que sont les mangasses et les anime. Sa femme et sa fille se prennent bientôt au jeu, citant des exemples de séries qu'elles suspectent d'appartenir à ce vaste domaine. « Oui, Hello Kitty et Dragon Ball sont des anime aussi », confirme-t-il d'une voix rendue chantante par cette joie simple de l'homme parvenant enfin à partager sa passion avec ceux qu'il aime, « tous comme les dessins animés de papa avec des tentacules ».

Une fière tradition japonaise qui remonte au moins à Hokusai (authentique).

  • Arrivé sur place, je constate que les visiteurs sont très nombreux à être venus déguisés. Je m'arrête quelques instants pour évaluer mes chances de survie, mais je suis bousculé par une Lara Croft prépubère et le cousin anorexique de Ryu. Refusant de céder à la panique, je repère grâce à mon intellect exceptionnel un stand qui vend un produit me permettant à la fois de prétendre que je suis déguisé et de préserver mon anonymat.

Quelque part dans la foule, suant sous un déguisement de wookie, Fantômas m'observe et prend des notes.

  • Je suis surpris par la variété des costumes des gens que je croise. Les grands classiques y sont tous : Final Fantasy, Naruto, Street Fighter, Naruto, Zelda, Naruto, des zombies, Naruto, et toute une série de personnages plus ou moins obscurs qui n'existent que grâce à internet. Je me demande distraitement s'ils n'auraient pas mieux fait d'y rester, avant de me poser la même question à mon sujet.


  • Le dessinateur de Maliki fait des dédicaces, mais la file est si longue que je ne réussis même pas réussi à l'entrapercevoir pour vérifier s'il est réellement une jeune femme aux cheveux roses.
C'est comme cela que je l'imagine et je refuse de laisser la réalité ou les lois de la morphologie se mettre dans le chemin de mon rêve.

  • Un dessinateur amateur propose de faire des portraits « à la manga » des visiteurs qui le souhaitent. En contemplant le mur orné de ses œuvres et en le regardant dessiner, je ne peux pas m'empêcher de remarquer que la plupart de ses personnages ont exactement la même tête et que le seul élément distinctif qui permet de reconnaître ses modèles (avec un peu d'imagination et de bonne volonté) est les cheveux.
Comme dans les vrais manga !

  • Dans un coin, un garçon en maillot de football tient un stand Olive et Tom, ignoré par les visiteurs, qui appartiennent pour la plupart à la génération Naruto. Il me regarde, les yeux plein d'espoir, mais je lui réponds par un sourire désolé avant de m'éloigner. Quelques secondes plus tard, je me rappelle que je porte un masque et je réalise qu'il a dû croire que je me payais sa tête. Anonymous a encore frappé.

Derrière ce masque, il y a plus que de la chair. Derrière ce masque, il y a une personne qui est désolée d'avoir l'air perpétuellement suffisante ou moqueuse.

  • Les produits bizarres ne manquent pas, comme les tapis de souris rembourrés pour éviter les problèmes de poignets :
Il existe un équivalent masculin. Il n'est pas beau à voir.


  • Devant un stand qui annonce fièrement « Ici, on fait du yaoi ! » (manga pornographique gay), j'aperçois un jeune homme déguisé en tigre qui est visiblement très content d'être là. J'essaye de comprendre s'il s'agit d'un personnage particulier, comme Tigrou ou Hobbes, ou juste de la fursuit qu'il porte au lit (costume qui représente un animal anthropomorphe, source de fétichisme chez certaines personnes). Probablement les deux.

  • Je croise un gros barbu avec un chapeau pedobear (ours pédophile inventé par internet). Je décide qu'il est temps d'aller manger pour me changer les idées. J'apprends que le sandwich jambon-fromage vendu sur place coûte 5,80 €, ce qui ne me semble être une somme normale que dans les quartiers les plus attrape-touristes de Paris (où il est de coutume, pour ce prix-là, d'avoir le droit de déguster son pain littéralement français en terrasse et de se faire insulter par un vendeur à l'accent parisien).
À titre de comparaison, le prix de sandwichs clubs dans des endroits huppés de Paris. Pour 36€, vous pouvez nourrir une famille africaine pendant quelques temps ou manger un sandwich un peu meilleur que la moyenne.

  • J'opte finalement pour un restaurant hors de la convention. Le soleil des derniers jours a cédé la place à un ciel maussade et un vent frais souffle depuis l'Atomium, mais cela n'empêche pas certains cosplayers de se promener torse nu. Le restaurant est vide quand j'y entre, mais un groupe de gamines avec des bonnets Pikachu y entrent bientôt en entreprennent une discussion soutenue dans un langage exclusivement composé de cris suraigus. Je me dépêche de terminer de manger et de demander l'addition.

La pikachuphobie n'est pas la peur irrationnelle des Pikachi mais bien des gens déguisés en Pokémons ce qui, à la réflexion, est tout à fait rationnel.

  • Alors que je retourne vers le palais des expositions, un adolescent obèse, une keyblade posée sur l'épaule dans une attitude de nonchalance artificielle rarement rencontrée en dehors des oeuvres de fiction japonaises, me lance un regard de défi. Je détourne prudemment le regard : la mort a depuis longtemps cessé de me faire peur, mais seul un fou prendrait le risque de se faire fracasser le crâne par un gamin armé d'une clé géante. Lorsque le ridicule tue, il ne fait pas les choses à moitié.
Je n'ai pas osé prendre le garçon en photo, mais il ressemblait très fort à celui-ci, à ceci près que je pense qu'il y avait un dragon sur son sweatshirt au lieu d'une meute de loups.


  • Un stand vend des figurines de collection, que de grand enfants pourront acheter à prix fort et laisser dans leurs emballages de peur des les abîmer. L'une d'elle retient mon attention :

Quelque part, un fan de Ratatouille verse une larme de joie. Il a enfin trouvé la figurine de Linguini qu'il rêvait de mettre sur sa cheminée, et elle ne coûte que 100 euros !

  • Autre produit vendu sur place dont j'ignorais l'existence, les montres goussets pour otakus :

Comment combiner l'élégance d'un gentleman du 19ème siècle avec le goût du kitsch d'un otaku du 21ème.

  • On me conseille vivement de m'installer près de la scène très en avance si je veux avoir une bonne place pour le concours de cosplay. Il est précédé d'une séance de questions-réponses avec quelques « célébrités » du web francophone : le joueur du grenier, Bob Lennon et un troisième homme que je ne suis pas parvenu à identifier.

Le joueur du grenier, Bob Lennon, casual Shepard et deux illustres inconnus.
Image : Mental4.skyrock.com (sic)


  • Les questions du public me laissent cependant perplexe. Après une question concernant SOPA s'enchaînent des interrogations plus bizarres les unes que les autres : quel est leur identifiant sur Steam ? Que pensent-ils des Youtube Poops (des vidéos Youtube intentionnellement mauvaises généralement constituées d'extraits d'autres vidéos passés en boucle) ? Sont-ils des bronies (fans adultes du nouveau dessin animé Mon Petit Poney) ? Quelle est la couleur du slip de Bob Lennon ?

D'après les Bronies, être fan de Mon Petit Poney rend les gens 20% plus cools. Ils en ont sacrément besoin.

  • Je demande discrètement à ma voisine si les questions sont toujours aussi inintéressantes. Son regard se trouble quelques instants, perdus dans les brumes d'un flash-back traumatique. « J'ai assisté à une séance de questions-réponses avec l'un des animateurs de Fullmetal Alchemist », murmure-t-elle lentement. « Une fangirl a demandé quel était son secret pour avoir réussi à rendre l'un des personnages encore plus bôôôô dans l'OAV ».

Le secret : un éclat lumineux dans les dents (cause de près de 500 accidents de la route fatals chaque année, tous dessins animés japonais confondus).

  • Le concours de cosplay commence enfin. Je pensais que les candidats se contentaient de passer quelques secondes sur scène, mais chacun a prévu une petite chorégraphie, avec musique voire une animation en arrière-plan. Sur scène, les deux présentatrices - l'une francophone, l'autre néerlandophone - essayent tant bien que mal d'animer le concours. Les néerlandophones ne sont malheureusement pas très nombreux ou peu démonstratifs et ne répondent donc pas aux appels de leur présentatrice (« Eeeest-ce qu'il y a des gamers dans la salle ? .......euh, il n'y en a pas du tout ? »), tandis que la francophone a visiblement du mal avec son sujet et multiplie les erreurs impardonnables face à une foule de geeks outragés (« Ce n'est pas "monsieur Dalek", c'est une espèce entière ! » marmonne quelqu'un près de moi). Heureusement, tout est pardonné lorsque la francophone fait une blague au sujet de la culotte de l'une des participantes.

  • Les femmes ne restent heureusement pas sur leur faim puisqu'un cosplayer Yu-Gi-Oh sort le grand jeu :
La seule chose qu'il y a de plus sexy qu'un peignoir par-dessus un pagne...

...est un string doré.
Images : Japanaddiction.com



  • Les cosplays Disney sont à la mode, ce qui n'est pas du goût de tout le monde : lorsqu'une fille « déguisée » en Cendrillon (c'était une blonde avec une robe blanche) monte sur scène, des femmes assises derrière moi commencent à grincer des dents. Lorsque vient le tour d'un jeune homme déguisé en Peter Pan, elles commencent à faire des commentaires à voix haute : « Il a perdu un pari » et « C'est ses parents qui l'ont forcé ». Enfin, lorsqu'une version humaine de la petite sirène chante une chanson de la Belle au bois dormant, j'entends préciser derrière moi : « Non mais elle doit venir d'un pays où on connaît pas Disney, c'est pour ça ».

Il y a certaines limites qu'un vrai otaku n'est pas prêt à franchir, comme celle de se déguiser en personnage de Disney.
Images : Japanaddiction.com

  • Dans un coin près de la sortie, quelqu'un a monté une exposition de maquettes des Chevaliers du Zodiaque. Je trouverais l'idée ridicule si je n'avais pas constaté un peu plus tôt que la plupart des figurines de dessins animés coutaient aussi chers que de véritables pièces de musées.
« Le nom correct est "Saint Seiya", stupide gaijin » me corrige un homme particulièrement caucasien en grattant l'étrange barbe qui lui pousse dans le cou.

  • Sur le chemin du retour, j'avise un jeune homme portant fièrement un t-shirt orné des armoiries des Mandaloriens. « Quel geek », ne puis-je m'empêcher de ricaner derrière mon masque de Guy Fawkes, « il faut déjà être très loin pour connaître un symbole pareil ». Malgré ma modestie légendaire, je ne peux m'empêcher de me sentir infiniment supérieur à cet individu pathétique obsédé par un monde imaginaire. « Il faut que j'en parle sur mon blog ».

C'est un machin dans Star Wars, d'accord ?


Voilà qui conclut la mise à jour d'aujourd'hui ! En attendant la prochaine, une image et une citation :



Le ridicule est comme la mauvaise haleine : on ne le remarque toujours que chez le voisin.
Malcolm de Chazal